Parlons moins. Agissons plus !

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Au lieu de perdre notre temps à dénoncer les élucubrations d’un humoriste en mal d’inspiration, de fustiger un perdu qui défend ses sous,ou de tenter de changer la mentalité de l’industrie culturelle au Québec, nous croyons que nous devrions prendre un peu de recul et analyser le pourquoi du comment afin d’en arriver à une issue permanente.

Les mouvements d’indignation de la minorité noire dans la belle Province ne datent pas d’hier. Une personnalité québécoise s’était déjà « déguisée » en femme noire pour un gala. Il ne faut pas non plus oublier que les «blackfaces » et leurs justifications, l’absence de diversité et les rôles stéréotypés. Les médias quant à eux se mêlent de la partie, indignés, dénonçant, décriant, analysant et encore… Mais aucun d’eux n’a vraiment sollicité le point de vue des leaders établis de la communauté. Les tribunes des grands médias sont plutôt réservées à ces mêmes personnes qui méprisent ou se moquent carrément de nos revendications.

Nous n’irons pas chercher à savoir pourquoi le Québec vit dans le déni total et ne veut pas comprendre pourquoi il est important pour nous d’exposer nos enfants à des images positives de ceux qui leur ressemblent. Nous n’arrivons toujours pas à concevoir le parallèle entre une société diversifiée et une télévision blanche comme neige. Nous n’essayerons pas non plus d’expliquer à qui que ce soit pourquoi nousne regardons pas la télévision québécoise depuis le printemps 1996.

La situation des Noirs au Québec n’est pas unique. Nous n’avons qu’à nous rendre aux États-Unis et faire un retour dans le passé. On se rappelle tous de Mammy dans ce film sorti en 1939, Autant en emporte le vent. Bien que l’actrice qui tenait ce rôle, Hattie McDaniel, ait été la première personne noire à gagner un Oscar, celle-ci a été longtemps critiqué pour son penchant à jouer les servantes. Précisément soixante-quatorze fois ! L’ironie est surtout qu’il a fallu négocier, afin que Mme McDaniel ait la permission de rentrer dans l’hôtel où avait lieu la cérémonie des Oscars parce que les Noirs n’y était pas admis. C’était le 29 février 1940.

Les Noirs des États-Unis ont dû attendre plus de vingt ans avant de voir au petit écran, un de leurs acteurs dans un rôle non-stéréotypé. Dans I Spy en 1965, Bill Cosby n’était ni un chanteur, un chômeur ou un pimp. L’exploit a été répété en 1968 avec Diahann Carroll dans la comédie Julia.Il a eu bien sûr les critiques prétendant que le ces histoires n’étaient pas réalistes… Pas plus qu’elles ont trouvé réaliste le Cosby Show en 1984 avec un papa médecin et une maman avocate…

Mais comment les Noirs-Américains arrivent-ils encore aujourd’hui à s’imposer dans toutes les sphères télévisuelles et cinématographiques alors que ceux du Québec peuvent à peine ramasser des miettes ? Comment un directeur de programmation peut-il nous regarder dans les yeux et nous dire que « le public québécois n’est pas prêt à voir des Noirs à la télé » ?Nous l’avons entendu il y a longtemps mais il faut croire qu’il avait raison puisque rien n’a changé !Quel est le secret du succès des Afro-Américains ?

Observons au lieu de répondre.

Tout d’abord, il y a un organisme appelé National Association for the Advancement of Colored People (NAACP). Depuis 1909 la NAACP travaille à la défense et à la promotion de l’image des Noirs aux États-Unis et ce dans toutes les sphères possibles et imaginables. Au niveau des médias, l’organisme regroupe dans son sein bon nombre de « chialeurs ». Ils surveillent Noirs et Blancs, entreprises et gouvernements, ils tempêtent, ils dénoncent et surtout, ils faxent…

Il y a aussi des gens comme Bill Cosby qui au lieu de se contenter de réciter des textes, s’est lancé tête baissée dans la production de ses propres histoires au risque de perdre ses acquis. Que ce soit Fat Albert, la famille Huxtable et les Mystères de Cosby il s’est toujours engagé à présenter une image à l’écran authentique, sans compromis.

Il y a aussi Spike Lee, qui depuis 1983 produit, écritou réalise un film à presqu’à tous les ans. Spike Lee c’est celui qui ne tient pas à faire plaisir à tout le monde et qui ne s’excuse pas pour ses opinions parfois dérangeantes. D’ailleurs, il a une opinion sur tout. Même le nom de sa compagnie est une affirmation de sa personne :40 Acres and a mulefait directement référence au 40 acres de terre et à l’âne promis, mais jamais livrésaux esclaves lors de l’émancipation.

Il y a BET qui malgré ce que l’on peut en penser aujourd’hui, s’était donné pour mission d’offrir une tribune au monde artistique et culturel afro-américain. D’ailleurs la chaine de télévision, lancée en 1980 avec seulement 6 heures de programmation, a créé un tel remous que MTV a vu le jour un an plus tard en réaction directe. N’oublions pas non plus les autres stations de télé qui sont venues après BET, les nombreuses stations de radio, les magazines … Ils se sont tous faits un point d’honneur à promouvoir ces hommes et femmes noirs qui travaillent devant et derrière la caméra.

Il y a tous ces parieurs comme Oprah Winfrey et l’investisseur moyen qui n’hésitent pas à apporter leur support financier aux projets de la nouvelle génération.D’un autre côté, il y a les dix frères et sœurs Wayans et leurs enfants qui à eux seuls représentent un véritable empire. Ce qu’ils font n’obtiendra probablement pas toujours la côte du grand public mais ils symbolisent l’union, la constance et la continuité.

Enfin, ce qu’il y a surtout aux États-Unis, ce sont tous ces Afro-Américains qui consomment black. Ils sont présents aux spectacles de leurs humoristes, ils sont abonnés à Essence, ils vont voir les films de Tyler Perry pour ensuite le critiquer. Mais ce sont eux aussi qui ontaidé ce dernier à passer de sans domicile fixe à propriétaire de studios dont le terrain à lui seul vaut 30 millions de dollars.

Alors pourquoi et comment au Québec ?

Nous n’essayons pas de prétendre que la situation des Noirs au Québec soit similaire à celle des Américains. Ce n’est pas ni la même histoire, ni la même dynamique.Mais nous pouvons retenir plusieurs choses de nos voisins du sud. Ce que nous faisons en ce moment a une valeur symbolique, sans plus. Pétitionner est une prise de conscience. Le boycott a une très belle connotation mais lorsqu’il n’a aucune conséquence économique il devient inefficace. Alors, allons plus loin. Quelles leçons tirer des Afro-Américains ?Il faut rester unis, supporter les nôtres et ne jamais arrêter de se battre. Encore aujourd’hui la saga des Oscars prouve que la partie n’est jamais gagnée. Deuxièmement, il ne faut pas quémander mais s’imposer. Les gouvernements et les sociétés d’état ne sont qu’une infime partie de la solution. Une loi ou un décret n’ouvrira pas plus les portes des maisons de production. Et le plus important : il faut arrêter de réagir aux incidents sporadiques qui nous dérangent pour ensuite retourner tranquillement au statu quo: l’action doit suivre la parole.

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