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Rester ensemble pour les enfants

À l’intérieur de leur maison, de nombreux couples vivent une période glaciaire illustrée par des compromis, des chicanes ou pire, un vide sidéral. Plusieurs restent uniquement pour leurs enfants. Toutefois, ces derniers ressentent l’agonie de la relation qui survit malgré l’absence de chaleur et d’amour.

« J’ai été marquée par cette période d’intense froideur où vous n’êtes plus capable de sentir l’autre alors qu’il se trouve toujours sous vos yeux », raconte l’auteure Julie Beauregard-Mayer dans son livre Chroniques d’une célibataire trentenaire.

De l’âge de deux à sept ans, elle endure les tensions, les cris et parfois l’indifférence. Poussés à bout, ses parents finissent par consulter un thérapeute. Le verdict s’avère inéluctable. « Il existait un énorme fossé énorme entre eux. Leurs différences étaient irréconciliables.»

Julie se souvient de son soulagement à l’annonce de la séparation de ses parents.  « J’ai toujours senti ma mère malheureuse. Quand mon père est parti, elle a commencé à être plus rayonnante. »

La solitude à deux

Ensemble depuis 12 ans, Geneviève vit avec Robert avec leurs deux enfants de 10 et 14 ans. Avec franchise, elle avoue rester avec son conjoint malgré une relation de hauts et de bas ressemblant à une montagne russe.

«J’ai l’impression qu’on emprunte chacun un chemin différent : l’un est sur une autoroute et l’autre, sur la voie d’accès. »

Comment peuvent-ils embarquer dans le même bolide et rouler ensemble? Dans le tourbillon du quotidien, il faut prendre une pause et communiquer ses attentes face à l’autre.

Geneviève cite l’exemple des vacances. «J’avais envie de partir une semaine avec la famille. Mon mari voulait profiter de cette période pour faire des travaux de rénovation. »

Les compromis et les frustrations s’accumulent au détriment d’une vie heureuse. «Cela prend de la résilience. Parfois, il est plus facile de rester que d’enclencher le processus de séparation », confie-t-elle.

Pour ou contre ?

Au plan monétaire, une rupture semble impossible pour Geneviève. « Je me retrouverais dans la misère noire », dit la quadragénaire qui a démarré son entre- prise en 2014. Les revenus sont insuffisants pour voler de ses propres ailes.

Même si une union sur deux finit par un divorce, une séparation est souvent perçue comme l’échec d’une vie. « Notre objectif est d’abord de réussir notre couple, notre carrière, notre famille. »

Et parfois, il survient un moment magique comme un fou de rire ou une relation sexuelle improvisée allumant la flamme. Geneviève réfléchit à haute voix. « J’ai l’impression que les enfants sont entre nous deux. Peut-être faudrait-il prend du temps pour le couple et les laisser derrière ? »

Plus tard, elle m’envoie un texto. « Un couple, c’est comme une maison en construction. Si une chose brise, doit-on tout démolir et rebâtir ? Peut-être vaut-il mieux réparer et conserver les acquis. »

« Les enfants, c’est un peu une colle pour le couple. Quand les enfants ont moins de 10 ans, une séparation risque de les déstabiliser», illustre Sylvie Lavallée, sexologue et psychothérapeute de 20 ans d’expérience.

Dans son bureau, elle voit ces couples qui ne s’aiment plus. Les enfants demeurent leur lien d’ancrage. « C’est désolant. Plusieurs s’empêchent de passer à côté d’opportunités. C’est comme rester une job qu’on n’aime pas. »

Envisager une séparation, c’est affronter l’inconnu. Comment prendre la bonne décision ? « Prenez le temps de consulter un thérapeute, un planificateur financier ou un avocat en droit familial », recommande-t-elle.

Une seule heure avec l’un de ces spécialistes va permettre d’apaiser vos inquiétudes. «Donnez-vous une période de six mois. Peut-être d’ici là, la relation va s’améliorer. Si elle s’envenime, faudrait peut-être envisager la porte de sortie. »

www.sylvielavallee.com

– Par annie Bourque / Journaliste