Back

Le don de sang, porteur de vie

Connaissez-vous l’anémie falciforme? Cette maladie héréditaire et génétique du sang touche particulièrement les communautés noires. En gros, les globules rouges sont rigides et ont la forme d’une demi-lune, contrairement aux globules rouges sains, qui sont flexibles et ronds. Cette forme atypique bloque la circulation et la pénétration du sang dans les petits vaisseaux sanguins, ce qui cause les crises de douleur. Pendant ces crises, la personne atteinte ressent des douleurs atroces semblables à une sensation de brûlure.

Les personnes atteintes n’ont pas le choix : elles doivent trouver des moyens de gérer la maladie au quotidien. Jacinthe Delmas est infirmière, entrepreneure et mère monoparentale d’une petite fille de 10 ans, Naomie, vivant avec l’anémie falciforme. Les difficultés que cause cette maladie sont nombreuses, non seulement sur le plan de la santé, mais aussi social. Naomie a énormément souffert, et, par conséquent, s’est fréquemment retrouvée hospitalisée pour de longues périodes. Imaginez qu’elle ne peut passer le temps des fêtes en famille parce qu’est hospitalisée pour d’horribles douleurs au corps. Imaginez les multiples nuits blanches, les plans annulés, les projets mis de côté, l’angoisse, le stress vécu par un parent d’un enfant atteint de cette maladie.

Une transfusion sanguine lui a finalement été proposée afin de prévenir les crises. Après de nombreuses hésitations, Jacinthe a accepté. Naomie reçoit une transfusion sanguine tous les mois, selon ses besoins. Depuis le début de ce traitement et la mise en place d’une routine quotidienne l’aidant à gérer son stress, l’état de Naomie s’améliore progressivement.

L’importance du don de sang

La transfusion sanguine permet aux personnes atteintes de recevoir des globules rouges sains, ce qui réduit les crises. Gédéon Jean-Marie, diagnostiqué à l’âge de trois ans, a commencé les transfusions sanguines depuis plus d’un an et n’a pas subi de crises depuis! Auparavant, il était hospitalisé plusieurs fois par année. À présent, pour maintenir son état de santé, il reçoit du sang tous les mois. À chacune de ses visites, il reçoit 13 poches de sang. Imaginez, 130 poches de sang, chaque année, pour une seule personne! En tout, 26 000 dons de sang sont requis pour répondre à la demande annuelle, selon Naderge Ceneston, conseillère au développement des communautés culturelles chez Héma-Québec. Elle précise : « Habituellement, on reçoit plus de 4 000 dons par année des communautés noires. Toutefois, dans le contexte actuel de pandémie, cela a beaucoup diminué. Il reste encore un gros travail de sensibilisation à faire. »

Cette campagne de sensibilisation cible les communautés noires, précise Naderge, « puisqu’il y a une forte demande dans les hôpitaux pour les patients souffrant d’anémie falciforme. Il est plus bénéfique pour ces patients de recevoir du sang de donneurs de leur propre ethnie, et ce, en raison de la fréquence des transfusions et de la quantité de poches requises par patient. Aussi, une transfusion sanguine provenant d’une personne ayant le même bagage génétique réduit le risque de rejet. » Naderge réitère que le besoin est énorme : « Notre but maintenant, c’est de recruter de nouveaux donneurs. Nous avons des donneurs mobilisés, mais cela ne suffit pas à la demande. » Le nombre de patients inscrits au programme d’Héma-Québec est passé de 136 à 200 en 2 ans. Malheureusement, la demande croît plus vite que l’offre.

Pourquoi aussi peu de dons au sein des communautés noires

La conseillère croit que le manque de sensibilisation ainsi que la peur de l’inconnu sont à la source de cette hésitation. La peur des aiguilles et du sang freine l’intention de donner. Selon elle, Héma-Québec n’est pas assez connue au sein de notre communauté. Le don de sang n’est pas non plus une valeur inculquée dans notre culture. Le sujet reste encore tabou. Trop de receveurs ne parlent pas ouvertement de leur condition. Par conséquent, moins on en entend parler, moins on se sent concerné.

De son côté, Jacinthe Delmas, la mère de Naomie, croit que les croyances religieuses influent aussi sur le choix de se tenir à l’écart du don de sang. Naderge reste toutefois optimiste. Elle affirme que « les gens sont quand même réceptifs. Une fois qu’ils sont informés, que leurs peurs sont apaisées, ils sont disposés et même motivés à faire un don. Je me promène partout, dans les églises, les écoles, les associations, pour informer les gens. »

La pandémie vient compliquer les choses. Plusieurs croient qu’en période de confinement on ne peut pas aller faire son don de sang, ce qui n’est pas vrai comme le précise M me  Ceneston : « Oui, les hôpitaux fonctionnent à capacité réduite, mais les personnes souffrant d’anémie falciforme viennent quand même recevoir leur traitement (transfusion sanguine), ils en ont toujours besoin. C’est très sécuritaire. Il n’y a aucun risque pour le donneur d’attraper des maladies transmises par le sang, car nos dispositifs sont stériles et les procédures sont régies par la réglementation de Santé Canada. Des dispositions sont également prises pour empêcher la propagation de la COVID-19. »

Ceux et celles qui peuvent donner, et comment

Pour être en mesure de donner du sang, il faut être âgé de 18 ans et plus, et en bonne santé. Et si on s’y met deux fois par année et qu’on sensibilise une personne, qui en sensibilise à son tour une autre, et que tout ce beau monde participe en incorporant le don de sang dans sa routine annuelle, comme par exemple nos rendez-vous et suivis médicaux, on fera une énorme différence. Vérifiez votre admissibilité au don de sang.

Par ailleurs, il arrive qu’un donneur ne soit pas admissible au don de sang. Par exemple, une femme noire peut se voir refuser l’accès au don de sang si son taux de fer est inférieur à la norme (établie selon la majorité de la population du Québec, de type caucasien). Afin de favoriser les dons venant de femmes noires, Héma-Québec a établi un programme de suivi pour leur permettre de revenir faire un don après avoir ajusté leur taux de fer par la prise de comprimés de fer. En plus de soutenir les entreprises appartenant à des personnes noires, faites un don en l’honneur de quelqu’un que vous aimez, que vous côtoyez. Et, faites-le-lui savoir.

Pour faire votre don, vous avez trois options :

  1. Prenez un rendez-vous en ligne : www.hema-quebec.qc.ca
  2. Communiquez avec Héma-Québec au 1 800 343-7264.
  3. En ce qui concerne ceux et celles qui ne peuvent absolument pas faire de don, vous avez l’occasion de devenir ambassadeur, de sensibiliser votre entourage et d’organiser des collectes de sang. Pour plus de détails, appelez Naderge Cenesto au 514-588-4772.
  4. Pour plus d’information visitez le : anemiefalciforme.hema-quebec.qc.ca