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Dominique : la femme, la carrière et les rêves

Diplômée de l’École Polytechnique de Montréal et de HEC Montréal, elle a travaillé chez Procter & Gamble, Nortel Networks, McKinsey & Company et a exercé de 2013 à 2015 les fonctions de présidente-directrice générale de Montréal International. Elle a exercé, sous le gouvernement de Philippe Couillard, les fonctions de vice-première ministre, ministre de l’Économie, de la Science et de l’Innovation et ministre responsable de la Stratégie numérique. Elle est actuellement députée provinciale de la circonscription de Saint-Henri–Sainte-Anne, cheffe du Parti libéral du Québec et de l’opposition officielle à l’Assemblée nationale du Québec. Elle est la première femme à tenir ce rôle dans l’histoire du Parti libéral du Québec et en ce qui nous concerne ici, c’est une femme noire. Entrons ensemble dans l’univers de cette femme pour qui the sky is not the limit…
Entrevue : Réginald Rivette, éditeur | Photo : Randolph Graham
Mise en beauté : Bo-t ( Maquilleuse : Marjorie Pierre, retouche coiffure Suzie Bélizaire)

La femme

Quelle est la première chose que vous faites en vous levant le matin ?
Je bois un verre d’eau.

Y a-t-il une personne à qui vous téléphonez tous les jours et c’est qui ?
Dans le cadre du travail, j’appelle Léa Carrière qui est mon attachée de presse. Aussi, c’est sûr que si je ne suis pas à la maison, le soir, je vais appeler pour parler aux enfants.

Utilisez-vous les émojis et quel est le dernier que vous avez utilisé ?
Oui. | Attends que je prenne le téléphone | Le clind’oeil.

Que répondriez-vous à la question : Qui est Dominique ?
Je répondrais que Dominique est une femme intense et passionnée. Une personne qui aime s’engager dans des causes et qui aime toujours encourager le dépassement de soi pour tout le monde.

Quel souvenir vous fait sourire ou vous attriste ?
Il y en a plusieurs. Un souvenir qui m’attriste c’est le décès de mes parents.

Des souvenirs qui font sourire, des moments en famille et des conversations avec mes enfants, quand je me rappelle des réponses de mes enfants, souvent ça me fait sourire.

Qu’est-qui vous révolte ?
Toutes les questions d’injustice, ça vient me chercher. Ce que je dirais là-dessus : je pense qu’il y a deux choses qui sont importantes dans la vie c’est de toujours garder cette capacité à s’émerveiller et cette capacité à s’indigner. Moi, je m’émerveille quand je vois un visage, quand je vois un coucher de soleil ou quand je vois une fleur qui a germé quelque part. Je m’indigne quand je vois des choses qui sont injustes, je m’indigne quand je vois des personnes qui souffrent non pas de ce qu’elles ont fait mais de parce qu’elles représentent et ça là, oui, je m’indigne. Je crois que c’est de là où provient mon envie de dépassement. Je dois me dépasser, je dois être meilleure, mais aussi collectivement qu’on soit tous meilleurs.

Parlez-moi de la maman en vous ?
C’est sûr qu’on a souvent ce sentiment de culpabilité mais ce je veux faire faire mes enfants c’est de leur donner ce qui est à mon avis essentiel. D’abord des valeurs importantes : le respect d’autrui, de dépassement de soi, etc. Si demain matin je meurs (je touche du bois en disant cela), je veux que vous ayez retenu trois choses : la première c’est que je vous aime, la deuxième c’est que vous êtes des enfants extraordinaires et la troisième c’est que la plus belle chose que je vous ai donnée en héritage c’est vous. Vous collectivement, le trio que vous formez ton frère ta sœur c’est hyper important de préserver ces relations-là.

De l’épouse ?
C’est de lui dont devrait parler l’épouse un peu mais… c’est surtout cette relation qu’on a, cette complicité ; le fait qu’on arrive à rire ensemble après 22 ans. On se connaittrès bien, mais on arrive quand même à se surprendre un peu, d’évoluer ensemble, d’avoir une discussion sur l’avenir et de voir qu’on est capable de continuer à évoluer ensemble, de construire notre famille. Ce qui m’étonne le plus dans cette relation c’est cette capacité de toujours rire et d’avoir du plaisir ensemble.

De l’amie ?
L’amie aimerait être davantage présente. Avec la politique malheureusement c’est difficile pour les amitiés, alors… J’en ai de très grandes que j’ai conservées qui aujourd’hui vivent à l’étranger. J’en ai évidemment ici, que j’essaie de voir et de fréquenter régulièrement mais heureusement, souvent dans mes amitiés c’est comme si le temps n’avait aucune conséquence ; même quand ça fait longtemps ce n’est pas grave, on reprend là où on s’est laissé et ça c’est important pour moi.

Comment gagne-t-on le cœur de Dominique ?
Les gens qui sont directs, qui disent ce qu’ils pensent, ça là, ça vaut de l’or. Les gens qui ont faim qui veulent se dépasser. Pour moi c’est sûr, je ne sais pas si c’est ma tête ou mon cœur, mais quand je sens que tu as envie de te battre, d’en découdre, tu gagnes beaucoup quand tu dis les choses comme elles sont.

La carrière

Si je demande à la Dominique de 12 ans : Que voulez-vous devenir dans la vie elle me répond quoi ?
Journaliste.

Avez-vous déjà travaillé comme journaliste ?
Pas du tout. Journaliste c’est de comprendre le monde, d’en ouvrir une fenêtre, d’expliquer les choses… Pendant longtemps je voulais être journaliste.

Tout au cours de votre carrière, vous avez été impliquée dans le communautaire, pourquoi était-ce important pour vous ?
C’est une manière de redonner à la société. J’ai eu ma carrière d’ingénieur et puis dans les affaires, mais parallèlement à ça j’avais aussi une capacité de redonner à la société. C’est pour ça que c’est important pour moi de faire les deux. La politique jusqu’à un certain point te permet de faire les deux, mais quand tu travailles dans le secteur privé, tu ressens ce besoin-là de redonner aussi.

Comment choisit-ton sa cause ?
J’étais impliquée dans plein d’organisations… et je venais d’avoir mes premiers enfants je n’avais plus le luxe de m’impliquer dans pleins de causes, dans plusieurs projets, il fallait que je choisisse. Je me suis demandé : qu’est-ce que tu as vraiment envie de faire ? Puis, cette idée de m’impliquer à l’étranger est venue et pourquoi pas Haïti car ce sont mes origines. C’est là que j’ai décidé de fonder Kanpé.

Pourquoi et à quel moment vous avez su que la politique c’était pour vous ?
J’en ai toujours fait jusqu’à un certain point. J’ai fait du porte-à-porte…

J’ai toujours pensé qu’à un moment donné ça viendrait, sauf que je ne savais pas quand ni comment. Mon père a fait de la politique, mon grand-père a fait de la politique et même mon arrière-arrière-grand-père. Alors…

Est-ce que vos enfants sont conscients de la personnalité, je dirais historique, qu’est devenue leur maman ?
Non, ils ne savent pas. Ils savent ce que je fais. Ils savent que je suis une personnalité publique. Mais je pense qu’ils sont si jeunes ils n’ont pas le recul nécessaire et c’est normal, parce que, je suis leur mère d’abord et avant tout. Puis, pour moi ce qui est important, honnêtement, par rapport à mes enfants, c’est d’être une bonne mère. Pour moi ce ne serait pas un succès si les gens disent que Dominique elle a fait une belle carrière et que mes enfants pensent que je suis une mauvaise mère.

Les  rêves

Parle-moi de votre Québec idéal

Pour moi un Québec idéal c’est un Québec où chaque personne peut atteindre son plein potentiel. Où chaque enfant, peu importe le milieu duquel il est issu, peu importe les parents qu’il a, peu importe la couleur de sa peau peut aspirer à atteindre son plein potentiel. Ça c’est une société idéale à laquelle j’aspire et c’est la raison pour laquelle je fais de la politique.

Personnellement, quel est votre plus grand rêve ?
D’avoir un impact. C’est toujours le même rêve, au fait, que je caresse, c’est un rêve, mais c’est quelque chose que j’essaie de faire au quotidien ; de toujours avoir un impact. Un impact dans ce que je fais, un impact sur la société, un impact sur les gens, un impact dans ta circonscription en tant que députée, un impact sur la société québécoise en général, un impact sur le monde à l’international. Cette capacité d’avoir un impact, c’est ça qui m’habite constamment.

Y a t-il quelqu’un dont vous voulez faire la rencontre et lui serrer la main (covid de coté)?
Il n’y a personne dont j’aimerais serrer la main, parce que je ne trouve pas ça inspirant. Il y a des gens avec qui j’aimerais avoir des conversations, oui. Il y en a plein. J’aimerais avoir une conversation avec Angela Merkel, Alexandria Ocasio-Cortez. Elle n’est plus là, mais j’aurais aimé avoir une conversation avec Maya Angelou. J’adorerais également avoir une conversation avec Gilles Vigneault.J’aimerais lui parler. Je nomme des gens avec qui je ne peux pas parler(plusieurs fois) parce que s’il y a quelqu’un avec qui j’ai envie de parler, je le fais.

Avez-vous un modèle d’inspiration, si oui, c’est qui et pourquoi ?
En parlant d’inspiration, j’ai reçu une lettre d’une jeune fille de 17 ans qui s’intéresse beaucoup aux gens qui viennent de différentes parties dans le monde et elle m’a écrit. Ça je trouve ça inspirant. Je puise souvent mes inspirations des gens qui sont plus jeunes. Il y a une jeune qui m’a écrit une lettre dans un CEGEP, je vais lui dire merci pour les bons mots qu’elle m’a écrit.  J’ai eu un appel avec elle la semaine dernière où on s’est parlé de ce qu’elle veut faire, de ce qu’elle vit présentement et ça je trouve ça super inspirant.  Alors mon inspiration je la trouve beaucoup avec les gens qui sont plus jeunes et qui te forcent à réfléchir, te donnent des ailes, parce que tu te dis , à l’âge qu’ils sont, ce qu’ils sont capables de faire, ben toi a fortiori tu peux en faire encore plus.

De quelle façon souhaitez-vous inspirer ceux et celles qui vous prennent déjà, ou vous prendront plus tard comme modèle d’inspiration?
Tant mieux si je peux être un modèle d’inspiration pour ces personnes-là. Ce que je veux qu’elles retiennent c’est à quel point la persévérance c’est important, ce que je veux qu’elles retiennent c’est qu’il n’y a pas de rêves qui sont trop fous.  Il y a aussi le fait qu’il n’y a pas de miracle dans la vie, donc il faut travailler, il faut travailler plus fort si on veut y arriver.  Tant mieux si je suis capable d’être une source d’inspiration et en retour les personnes qui sont plus jeunes me permettent moi aussi d’avancer.  En politique on fait tout ce qu’on fait pour les jeunes.

En un mot ou une phrase :

Plus grand défaut : Impatience.

Meilleure qualité : capacité de permettre aux gens d’être ce qu’ils peuvent être autour de moi.

J’ai peur de : pas grand chose. lol… des araignées.

Je suis heureuse quand : je vois les miens heureux.

Il est hors de question qu’un jour : je sois capable d’aller dans l’espace. (j’ai trop mal au coeur).

Un jour je visiterai : île de Ghorée.

Pendant 24h j’aimerais vivre dans la peau de : une chanteuse rock.

3 chansons qui m’ont marquée : les gens de mon pays de Gilles Vigneault, Hallelujah de Leonard Cohen, tout Moustaki m’a marquée, c’est un grand poète.